Réflexions sur Arsenal – Hull (2-2) ; l’absence de Mesut Özil a-t-elle rendue service à Arsène Wenger face à Hull ?

Wenger vs Hull

MyPremierLeague ne va pas évoquer ce qu’Özil aurait pu faire dans ce match. Ce serait lâche, partial et inintéressant, voire tordu ; l’objectif de cet article étant de comprendre la réalité footballistique du Arsenal Football Club, ce qui est quand même plus intéressant que de fantasmer et de spéculer sur un nom du football mondial, nom autour duquel, comme autour de beaucoup d’autres, tournoient trop de supputations infondées sur le niveau de jeu. Non non, nous parlerons plutôt de ce qu’a proposé Wenger, et de ce qui s’est réellement passé, de ce que les joueurs présents ont produit ; côté Arsenal, oui, mais aussi côté Tigers, côté Hull City, afin de mettre en perspective la performance des Gunners, pour mieux la saisir et la relativiser. Avant la rencontre, l’équipe d’Arsenal est classée 6ème au classement et connaît de gros problèmes de régularité au cours d’un même match ; de plus, son animation offensive est, basiquement, trop prévisible, bien qu’elle soit vantée pour certaines raisons valables : vitesse d’exécution, conservation du ballon. Mais une sur-axialisation de l’animation offensive ainsi qu’une tendance répétée à paniquer dès que le match tourne mal sont les principaux défauts présentés par les hommes de Wenger, et ce depuis plusieurs mois ; tandis que l’équipe d’Hull, 9ème, est une équipe – bien que bourrue, peu endurante ou raffinée techniquement – sûre de ses forces. Son Onze lui assure une forte présence physique dans les duels, elle dispose de joueurs explosifs aux avant-postes, Steve Bruce inculque un état d’esprit combatif à ses joueurs, et l’aisé maintien obtenu l’an dernier a apporté de la confiance à un effectif qui sait faire preuve d’opportunisme. On sait de Steve Bruce qu’il est un adepte de longue date du 4-5-1 à Hull, permettant à son milieu latéral droit Égyptien Ahmed Elmohamady de briller de milles feux (plus grand nombre de centres réussis en PL l’an dernier). Le défaut du 4-5-1 de Bruce est qu’il devient un 3-5-1-1 en phase offensive, laissant des espaces en phase de transition sur les côtés : un défaut qu’il sera compliqué d’exploiter pour les Gunners, n’ayant pas démontré qu’ils avaient en effectif de véritables ailiers (je suis certain qu’on me citera Oxlade, à tord : il ne dispose ni des qualités techniques, ni des qualités tactiques, sa performance ce samedi n’a fait que le confirmer) ; les Gunners allaient donc être directement récompensés des éventuels progrès de leur animation offensive contre un tel adversaire, qui a besoin que Ben Arfa s’attèle parfaitement et non sans qualités à sa tâche défensive pour avoir un système défensif viable face à une équipe avec de véritables ailiers. L’absence de Mesut Özil peut, pour bon nombre d’observateurs s’étant exprimés durant la trêve internationale, aider Wenger à composer son XI et régler son animation offensive. Une solution aux problèmes des Gunners qui reste à confirmer, et sera étudier dans cette analyse, qui revient sur l’animation offensive d’Arsenal face à Hull City.

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L’axe : plus t’en mets, plus t’en as

Partie I : Description de l’animation offensive d’Arsenal aux différents moments du match ; mises en place & limites

1. 1ere MT : Alex Ox.-Ch., le left forward winger qui condamne Sanchez à l’exploit
Dès le début de la rencontre, les Gunners s’organisent en 4-2-3-1, avec Cazorla en meneur de jeu et l’entourant, Sanchez ailier droit et Oxlade-Chamberlain ailier gauche. Les Gunners monopolisent la balle, et Wilshere semble être celui qui doit aiguiller les attaques d’Arsenal jusqu’à la surface, puis Cazorla et ses ailiers doivent faire la différence devant celle-ci. Si Cazorla et Sanchez si essaient la plupart du temps, la présence surprenante de Chamberlain va les gêner dans leur entreprise, l’Anglais partant, avec ou sans le ballon du côté gauche vers l’axe, venant s’engluer dans ce qui constitue la force des Tigers : le carré Dawson-Davies-Livermore-Huddlestone. Si Cazorla et Wilshere ont peine à trouver des espaces dans cette zone, c’est non seulement à cause de la densité défensive proposée par les Tigers, mais aussi parce qu’Oxlade-Chamberlain va aggraver ce problème en dézonant dans cette partie du terrain. Pire encore, ce choix du jeune Anglais a pour conséquence de ne pas étirer la défense des Tigers (puisqu’il n’est pas sur le côté, à proprement parler) réduisant les intervalles entre Robertson et son axe central, compliquant par la même la tâche de Sanchez (qui s’en acquitte tout de même avec réussite, sur le premier but on peut voir que Chamberlain est en position d’avant-centre). Ainsi, les déplacements de Chamberlain compromettent tout le système offensif des Gunners durant 45minutes (cf Schéma des zones d’action des Gunners : les seuls joueurs à avoir réellement occupés les côtés ayant été les latéraux, ce qui semble insensé). Si, jusqu’au but de Diamé, les Gunners se montrent tout de même dangereux, c’est qu’ils étouffent leurs opposants en proposant un pressing ambitieux et une conviction bien supérieure en leur style de jeu. Mais une fois cette supériorité mentale disparue, les incohérences tactiques pures créées par Chamberlain sont surlignées, le jeune Anglais multipliant les prises de balle arrêtées et les attaques d’Arsenal s’empalant dans l’axe de la défense d’Hull, là où Chamberlain porterait presque un maillot noir et orange que ça en serait pas choquant. S’agit-t-il d’une consigne de Wenger ? Est-ce le jeune Anglais qui ne trouva pas d’autres façons d’interpréter le poste qu’on lui confia ? Wenger pouvait-il attendre mieux d’AOC à ce poste d’ailier gauche ?

Position des joueurs Arsenal_Hull

Positions moyennes des joueurs d’Arsenal : dans la g’hull du tigre !

2. 2nde MT jusqu’à l’entrée de Campbell : Alex Ox.-Ch. right winger met en lumière le non-sens de sa titularisation à gauche
En seconde mi-temps, Alexis Sanchez et Alex Oxlade-Chamberlain inter-changent leurs positions sur le pré, le Chilien se trouvant désormais à gauche et l’Anglais à droite. Si les Gunners encaissent un but tandis qu’ils sont spirituellement restés aux vestiaires (Gibbs laissant 14 813 kms de distance de marquage ainsi 427 ans et 11 mois d’intervalle de temps pour qu’Huddlestone centre), le repositionnement de l’Anglais change complètement l’équilibre tactique des Gunners ; désormais, la pression sur l’extérieur du latéral gauche Tigers, Robertson, forcent le bloc noir au liseret orange à s’étirer dangereusement, malgré toutes les approximations techniques d’Oxlade. Celui-ci va perdre au total 8 ballons dans la rencontre ! Tout en collectionnant les mauvais choix, Oxlade-Chamberlain en position d’ailier droit va donc rééquilibrer le dispositif des Gunners, ne venant plus encombrer un axe déjà bien dense. Wenger, par ce repositionnement, corrige les errements d’AOC en 1ère mi-temps. On ne sait pas s’il s’agissait de son choix ou s’il avait demandé à son joueur d’évoluer côté gauche sans plus de consigne, ou même si AOC à gauche devait attaquer l’intervalle extérieur, et qu’il s’en pense incapable (ce que son unique débordement extérieur à gauche confirma : conduite de balle ignoble, perte de contrôle du ballon, centre Bernard Mendyesque), voire qu’il désobéit par goût pour l’attaque de l’intervalle intérieur (reconnaissons qu’il a la frappe pour se le permettre, mais faut-il encore se créer l’espace pour ainsi frapper). Si Wenger avait donné à Chamberlain ce rôle d’ailier gauche en pensant sciemment qu’il avait les capacités à s’adapter au schéma proposé par les Tigers, je pense qu’il s’est trompé et l’a vite pris en compte et déplaçant vers le côté droit le jeune Anglais. Cependant, le mal psychologique était déjà fait, AOC se retrouvant dans le doute, multipliant les prises de décision précipitées et autres balbutiements de son football, tout pendant que Wilshere se faisait mal et les Gunners passaient derrière au score sans se montrer dangereux. C’est là qu’il décida de faire rentrer Joel Cambpell, mais ne pouvant laisser Wilshere sur le terrain et ne pouvant sortir Sanchez, son unique danger puisqu’unique joueur capable de se jouer d’un bloc aussi resserré et également unique joueur ne semblant pas affecté par les affres mentales typiques à Arsenal, il doit déplacer Chamberlain vers l’axe et aligner Campbell à droite.

3. Campbell à droite : bis repetita, le jeu d’Arsenal se ré-axialise, avec deux ailiers intérieurs (Sanchez droitier à gauche et Campbell gaucher à droite), condamnés à la prouesse individuelle
Arsène Wenger, parmi les spéculations souvent entendues, est un entraîneur faible tactiquement. Reconnaissons-lui qu’il semble être revenu sur son erreur initiale (aligner à gauche AOC), et à tenter de relancer le joueur sur son côté fort, surtout face à l’opposition tactique proposée par le Hull City de Steve Bruce. En difficultés physique très rapidement, Flamini, est substitué par Ramsey. Lorsque Wilshere se blesse, l’alsacien a le choix entre deux doublettes : Arteta – Ramsey (c’est-à-dire deux joueurs revenus ce jour-même de blessure) et Ramsey – AOC. L’expèrience lui a appris que la première doublette est source de déséquilibre tactique (Arteta seul ne pouvant compenser les montées de Ramsey, sur lequel on ne peut pas miser qu’il ne pas les faire face à Hull pour son retour). C’est donc assez logiquement que Wenger procède ainsi : faire redescendre un AOC déboussolé mentalement par sa première MT insensée tactiquement qui l’a mis en crise, doublé d’un scénario frustrant au score (avec le but injuste de Diamé), aux côtés de Ramsey, pour aligner à droite le costaricien Joel Campbell ; un gaucher donc. Bien que disposant de qualités techniques digne d’un ailier, Campbell aura tendance à aller vers l’axe du terrain, si tant est d’ailleurs que la balle arrive jusqu’à lui, puisqu’au milieu le ballon passe désormais par un joueur paniqué et un autre juste physiquement. De fait, la fin de match des Gunners sera à la fois chaotique et positive. Si tactiquement, le schéma du début de match est retrouvé, la justesse technique de Campbell dénote avec la frousse d’AOC et les Gunners arrivent à faire suffoquer les Tigers en tenant la balle sur la droite du terrain, Bellerin trouvant enfin un complice en phase offensive, mettant en lumière le point faible du système de Steve Bruce : les défenseurs latéraux. Ben Arfa, sur la gauche, est rapidement dépassé. C’est ainsi que les situations se multiplient tant bien que mal pour les Gunners, et surtout que la défense des Tigers est étirée dans la largeur. Laissant des espaces, enfin, à l’opposé, pour Sanchez, qui peut se lancer dans un de ses rushs, offrant un ballon de but à Welbeck, qu’il convertit avec précision et sang-froid. A partir de cette 68ème minute de jeu, Arsenal, bien que disposant d’un joueur paniqué mentalement au cœur du jeu, a pu trouver un équilibre tactique avec deux ailiers intérieurs, pourtant. Le respect des consignes et une occupation logique du terrain, ainsi qu’une véritable couverture des latéraux (nous aurions pu faire un article ravageur sur l’absence de confiance de Bellerin en la capacité de couverture de Flamini, ce qui est un problème purement physique) par leurs milieux permet aux Gunners d’apporter pression et danger en plus de tenir convenablement la balle malgré les erreurs individuels et une équipe quasiment bis dans le final. Arsène Wenger a un effectif, certes réduit, mais n’aurait-il pas pu anticiper le non-sens d’une titularisation d’Oxlade-Chamberlain sur le flan gauche ? Dans quelle mesure ne devrait-il pas plus compter sur un joueur moins polyvalent mais plus équilibrant pour le XI qu’est Campbell ? Enfin, lors des matchs face à Chelsea, Soton et Tottenham, Arsène Wenger n’est-il pas majoritairement responsable tactiquement des déceptions Gunners ? Özil, n’est-il pas devenu la tête de turc des supporters, incapable de voir les faiblesses de leur entraîneur, qui doit pourtant par lui-même constaté qu’il tâtonne au point de gâcher 45minutes face à Hull au profit de tâtonnements tactiques qu’on peut appeler graves ?

Danny Welbeck vs Hull

Danny Welbeck, un des rares Gunners irréprochables ce Samedi face à Hull

Partie II : Propositions afin d’améliorer l’animation offensive d’Arsenal ; critiques & améliorations possibles

1. Face à un 4-5-1 dont la qualité est la couverture de l’axe, proposer un système qui permette d’écarter le jeu : aligner le joueur qui sait le mieux déborder sur son côté extérieur
Tout simplement, une solution face à Hull aurait été de titulariser Alex Oxlade-Chamberlain sur le flanc droit de l’attaque, celui-ci correspondant exactement à ce profil, bien qu’il soit limité techniquement, ça aurait eu le mérité d’équilibrer naturellement le dispositif, comme l’a démontré la seconde période. De plus, Alexis Sanchez est lui capable d’occuper le flanc gauche sans produire une performance aussi nulle que celle de l’Anglais en 1ère mi-temps, aussi improductive collectivement. Le fait d’avoir deux ailiers qui dé-densifie l’axe défensif adverse aurait, par voie de conséquence, permis à Cazorla, pourtant auteur d’un match remarqué positivement, de faire une bien meilleure performance.

2. Les problèmes psychologiques du XI : Ils peuvent être réglés par des mises en place tactiques moins compliquées
Cette déduction logique sus-effectuée peut nous permettre de mieux comprendre les états d’âme des Gunners et leur défaut de constance, de concentration au cours d’un match. Il est connu que la frustration, ainsi engendrée par des mises en place presque absurdes, peut créer lassitude, désespoir et démotiver les joueurs, expliquant certains pics, comme lors de la reprise. De là à penser que Wenger, dans les vestiaires, aura reconnu son erreur devant tout le groupe, d’avoir aligné à droite AOC, c’est une hypothèse ambitieuse, mais qui ne semble pas insensé.
Solution proposée : à la lassitude éventuelle de Cazorla, qui voit sa zone envahie par les dézonages de Chambo et ses 8 pertes de balle : choisir un système qui fasse sens pour que les joueurs clés soit mis à l’aise : laisse l’axe libre à Cazorla afin qu’il fasse des différences de façon constante. Chamberlain était comme un défenseur d’Hull ce samedi 18/10. Si Cazorla était responsabilisé et non décrédibilisé par ce système, il devrait assumer, mais là il est déresponsabilisé par un système sans queue ni tête. Chambo à droite, Sanchez à gauche, Cazorla derrière et Flamini qui se contente de servir de pivot à Cazorla et Wilshere. Vous écartez Robertson et Ahmed Elmohamady de l’axe et vous dédoublez avec vos latéraux. Le plan de jeu semble valide.

3. Wenger doit jouer son rôle à plein : des travers de la responsabilisation du joueur de foot ; tant qu’on n’a pas affaire à un champion, il faut gérer le joueur
Le fait que l’absence d’Özil ne change rien aux pbs offensifs d’Arsenal et aux pbs d’irrégularité MENTALE dans un match prouve l’importance du discours de Wenger. Il doit responsabiliser ses joueurs CADRES (les axiaux) et signaler aux latéraux -ailiers inclus- qu’ils n’ont qu’un rôle spatial avant de prendre la balle ou l’appeler. Ils doivent, basiquement, occuper un espace pour que, géographiquement, l’occupation du terrain d’Arsenal ne soit pas un bâton placé dans une de ses propres roues. La solution est donc d’ordre hiérarchique, il s’agit de faire comprendre à Oxlade-Chamberlain l’ordre réel des priorités tactiques, collectives quand on intégre un plan de jeu, qu’il soit offensif ou défensif, en fait dès qu’il s’agit de football, prime l’occupation spatiale du terrain de jeu. Et par ses intentions (certes très innocentes, très pures, très naïves), Chambo porte préjudice à l’équipe entière, mais c’est avant tout la responsabilité d’un entraineur qui lui laisse la chance de porter ce préjudice ; ou alors, pensait-il, rétrospectivement à tord, qu’AOC disposait de la culture tactique pour ne pas être naïf au point de faire du tord à un XI. Enfin, peut être que le jeune Anglais, très jeune, et tombé dans ses travers par une mauvaise gestion de la pression et du stress, et que Wenger sait qu’il est capable d’apporter à son équipe. Son replacement à droite lui aurait facilité la tâche, puisqu’à gauche pour un droitier, il est plus dur de prendre l’intervalle extérieur de son latéral. Et Bellerin n’est pas venu dédoubler tant que Flamini n’était pas sorti, puisque Flamini, et ça nous ne pouvons en douter, à communiquer à ses partenaires qu’il n’a pas le coffre pour couvrir comme à ses 20 ans, ou comme Chamberlain dans l’axe. La proposition est donc, à défaut de disposer d’un meilleur milieu défensif/de couverture que Flamini, de l’interdire de participer aux attaques afin qu’il s’adapte à ses carences physiques. Ainsi, Flamini se permet de participer aux offensives Gunners, pourquoi ne pas le laisser coulisser au sein de la défense centrale, d’autant qu’en un des 2 centraux s’appelle Monreal, ainsi les latéraux monteront l’esprit tranquille, Flamini n’ayant plus à faire de courses pour boucher les trous, il sera directement à l’arrière. Flamini, par gourmandise et manque d’objectivité, voire par orgueil ne peut pas réaliser et ne réalise pas cette décision pourtant essentielle au fonctionnement de l’équipe, à son équilibre en transition défensive.

Pour essayer de faire conclusion à ces réflexions, nous rappellerons que l’objectif de cette écriture d’Arsenal – Hull était de faire ressortir les problèmes qu’ont posé les Tigers aux Gunners, comment Wenger a tenté d’y répondre et par quels moyens Wenger pouvaient faire mieux, dans la limite de nos connaissances, ce qui laisse à vous tous tout le loisir de critique cet article, d’ailleurs par mise en abîme vous pouvez faire en commentaire vos propres réflexions sur cet article pour savoir ce que j’aurais pu faire de mieux au vu du match visionné pour que ça soit plus creusé, plus intéressant, plus pertinent. JE pense que ce match nul 2-2 nous a appris quelque chose sur Wenger, et nous apprendra des choses sur Chamberlain, Campbell, Bellerin ou Wilshere, voire Cazorla dans les semaines à venir, quand leurs performances nous donnera un recul nécessaire à une analyse plus pertinente encore de leurs performances ce jour-là. Enfin, j’espère que la lecture de cet article donnera à penser à tout ceux qui ne veulent pas réduire les problèmes d’Arsenal à l’accumulation des profils achetés par Wenger, ou aux errements défensifs nonchalants d’Özil. De fait, ce match a montré qu’Özil n’était pas un problème en soi pour Arsenal, mais que les choix tactiques de Wenger posait problème, et qu’ils ont un impact plus ou moins grand sur la psychologie de ses joueurs, sur leurs réactions. Wenger doit composer avec des hommes, qui vivent en eux-mêmes des problèmes entre leurs ambitions, leurs égos et la place qu’ils doivent occuper pour servir un collectif, c’est ici tout le charme, tout le luxe qu’on a de pouvoir observer de façon tranquille cet organisme vivant qu’est un effectif d’une équipe de football. L’absence de Mesut Özil, pour affronter Hull City, n’a pas d’impact pour Arsène Wenger. Il n’avait pas besoin du joueur pour l’emporter et il peut s’en prendre à lui—même pour ce match, ses propres réactions à ses choix le démontrant ; par ailleurs, plusieurs de ses joueurs ont pu se montrer décevant, sous condition que Wenger ne s’est pas trompé à leur sujet, sans quoi Wenger est l’unique responsable de cette défaite, ce qui signifie qu’ériger Mesut Özil en bouc-émissaire ne fait tout simplement pas sens.

Journal d’un North London Derby…

"Mind the gap" they say.

« Mind the gap » they said.

Samedi 27 septembre, Paris, Gare du Nord, aux alentours de 13h : the time has come. Le jour de gloire est arrivé. Le départ vers Londres est imminent. Je bouillonne, il me tarde d’arriver sur le territoire de la Reine (pas que ma présence ait été favorisée par la sienne). Dans le train (Eurostar) j’avoue avoir une période de réflexion, certes relativement courte, sur le coût total de ce voyage. Les scrupules s’évanouissent rapidement. C’est mon premier déplacement à Londres pour assister à un match officiel d’Arsenal, et quelle première ! Un derby contre l’ennemi juré, Tottenham.

Il est entre 14h30 et 15h et après avoir enfin percuté sur l’heure de décalage horaire, le scénario type « Retour vers le Futur » n’est qu’éphémère. La capitale britannique est en pleine ébullition et la course commence. L’organisation légendaire de mon auberge de jeunesse m’emmène à mille lieux de St Pancras – du côté de Wembley – et, alors que le stress du match monte, l’agacement aussi.

Malgré la distance et l’horaire qui commence à être, disons-le, tardive, il y a quelques supporters d’Arsenal dans le « tube » sur la Jubilee Line. Une fois sur la Picadilly Line, le show commence, les Gunners sont en masse. J’en arrive à la conclusion que je ne suis donc pas le seul qui soit en retard, infime soulagement. Que ce soit à Holloway Road ou Arsenal, les stations de métro sont bondées. Il est 17h25, je sors à peine du metro et d’un pas rapide, me dirige vers le stade.

« N !!! Entrée N !!!! N c’est plus proche de A ou de F ????!!! » - Situation tendue. L’alphabet, c’est difficile.

« N !!! Entrée N !!!! N c’est plus proche de A ou de F ????!!! » – Situation tendue. L’alphabet, c’est difficile.

J’avoue ne pas avoir tout à fait compris pourquoi autant de personnes campent devant le stade alors que nous à sommes à 30 secondes du coup d’envoi…

J’avoue ne pas avoir tout à fait compris pourquoi autant de personnes campent devant le stade alors que nous à sommes à 30 secondes du coup d’envoi…

Voilà, je suis dans le stade. Il est plein, totalement plein, il n’y a pas un seul siège vide malgré le prix (totalement ahurissant du billet). D’abord, on est impressionné : le stade est absolument magnifique, les banderoles sont partout et des chants font résonner l’enceinte. Ensuite, et cela rejoint le point précédent : on est surpris – mais pas naïf : l’ambiance ! Il y en a, réellement. Ne nous voilons pas la face cependant, c’est un North London Derby.

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Le « parkage » des Spurs est à ma droite, non loin. A mon plus grand étonnement, les supporters ne portent pas de maillot (de Tottenham), sûrement des consignes et interdictions de je-ne-sais-quelle-instance.

L’ambiance est tendue parce qu’Arsenal pousse et domine (presque totalement) son sujet, mais ne trouve pas la faille. Lloris semble impérial et impassable : Arsenal vendange beaucoup et pourrait le payer très cher, c’est en tout cas le sentiment général.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la tension n’éteint pas la ferveur des supporters. Les « stands » sont « on fire ». Je prends le temps d’analyser la foule et plus particulièrement les maillots que portent les gens. Il y a une grande diversité de choix, les joueurs britanniques sont très représentés (Wilshere, Ramsey, Chamberlain, Walcott), Cazorla a également une place de choix.

C'est tendax Max

C’est tendax Max

La mi-temps arrive rapidement, le score est nul (et vierge). L’atmosphère est plus paisible à la pause, les fans échangent quelques points de vue sur la performance des joueurs. Plusieurs décisions arbitrales semblent « bancales », elles font du moins jaser. Toutefois, ce sont les blessures de Ramsey et Arteta qui agacent le plus, les Gunners jouent de malchance.

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Arsenal revient sur la pelouse en premier pour la seconde période. Sur ces 45 dernières minutes, les amabilités envers les supporters Spurs sont à leur apogée. On va du simple « F*** off you Spurs! » à « If you hate Tottenham, stand up ». Le stade entier reprend ces compliments en chœur.

Le drame tant redouté va arriver. Flamini perd de manière inexplicable le ballon et Chadli trompe Szczesny pour ouvrir le score. Le Belge va même narguer les supporters sur sa célébration, grave erreur : l’atmosphère générale monte, la ferveur et le bruit redoublent, plus que jamais les supporters chantent à la gloire d’Arsenal.

La suite, elle est classique. Arsenal pousse encore et toujours, mais ne trouve toujours pas le chemin des filets. Les joueurs de Tottenham commencent à gaspiller du temps, ce qui a le don de tous nous énerver au plus haut point en tribunes.

Enfin, Chamberlain va définitivement enflammer tout l’Emirates. De l’autre côté du stade, je ne comprends pas grand-chose. Il y a un centre, des jambes dans tous les sens et finalement une frappe. La seconde de silence entre le mouvement du joueur et le moment où le ballon franchit la ligne a certainement été une des plus longues de ma vie. Résultat : une foule en liesse, « absolute madness ». On monte sur les sièges, on se jette les uns sur les autres, c’est l’apothéose. De leur côté, les fans de Tottenham pourtant actifs après le premier but sont devenus très muets.

Arsenal va tenter le tout pour le tout jusqu’à la fin de la rencontre mais les efforts ne vont pas payer. Des occasions en masse (énième répétition) mais un manque d’efficacité chronique et si inhérent à l’équipe. L’arbitre siffle finalement la fin de la rencontre et c’est sur un score de 1-1 qu’Arsenal et Tottenham se quittent.

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Nous sommes tous déçus en tribune, personne n’est satisfait du match nul, encore moins contre les ennemis Spurs. Qu’importe, ces 90 minutes ont été incroyablement intenses. On peut critiquer l’ambiance générale (ou la « non-ambiance ») de l’Emirates Stadium de manière globale, mais on ne peut qu’être subjugué par ce match.

Au final, quelques débriefs plus tard, le nul n’est toujours pas digéré. « Que d’actions ratées ! » se dit-on tous. Un homme vient même me demander dans la rue si je suis satisfait du résultat : « No, definitely no » lui dis-je. « That’s all I wanted to know »  répond-il alors, rejoignant un bar pour finir (commencer ?) la soirée.

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Jedinak : patron d’une éclosion tardive

Ne vous inquiétez pas, il aura le ballon.

Ne vous inquiétez pas, il aura le ballon.

Mickael John Jedinak est à 30 ans, capitaine de son club (Crystal Palace) et de sa sélection (l’Australie). « Mile », élément incontournable de ces deux formations, a connu une éclosion tardive et ce n’est que depuis quelques années (et son arrivée à Palace) qu’il connait cette exposition qui ne cesse de croître.

Vous allez me dire, les statistiques on en fait ce qu’on veut, on les utilise à notre guise. Soit. Mais j’ai décidé de vous les poser quand même après quoi on essaiera de les rendre « intelligentes ». Sur l’exercice 2013/2014 de la Premier League, Jedinak a les meilleures statistiques en termes de tacles (3.5/match) et d’interceptions (3.7/match). Evidemment, Crystal Palace est une équipe surexposée et n’a pas la possession du ballon, et Jedinak constamment sous pression. Cependant, il y a beaucoup d’autres équipes dans ce cas de figure et Jedinak sort incontestablement du lot.

Mile Jedinak a joué les 38 rencontres de championnat l’année passée où il n’a été remplacé qu’une seule fois, sur blessure, lors de la dernière journée contre Fulham : 37 matchs de 90 minutes donc.

Quelles sont les caractéristiques du « beast » ? Jedinak est un milieu défensif solide, qui excelle dans les duels. Aériens d’abord, où il a été le milieu de terrain qui en a remporté le plus (159) avec un taux de 69% de remportés au global. Si l’on rapporte ces statistiques à quelque chose de plus parlant, il est également devant avec 4.22 duels aériens remportés par portion de 90 minutes. Il est également très efficace dans les duels au sol : c’est un « chien fou » qui n’arrête jamais d’harceler son adversaire. Nous l’avons vu précédemment, sur le terrain, Jedinak est partout. Au four et au moulin, il se positionne toujours de façon intelligente ce qui lui permet de profiter de la moindre faille de l’adversaire. Il sait parfaitement où jouer pour soit intercepter le ballon soit pour aller au combat. Ses qualités défensives ne sont plus à présenter et nos amis anglais ne cessent de mettre en avant son « incredible work-rate ».

Revenons maintenant quelques années en arrière. Il nait et débute à Sydney, dans le club de Sydney United (un club fondé par des Australiens de nationalité croate). Il fait même une courte pige en Croatie, à Varazdin. Mais c’est aux Mariners de Central Coast qu’il « éclot » de 2006 à 2009. Ironie du sort pour un milieu à vocation défensive, il marque même des buts qui s’avèrent décisif. Il prend ensuite la direction de la Turquie. Il signe à Genclerbirligi avant d’être prêté à Antalyaspor. L’aventure n’est pas une réussite, mais une nouvelle opportunité lui tend les bras en 2011 : l’Angleterre l’accueille et Jedinak paraphe à 27 ans un contrat avec Crystal Palace, alors en Championship.

Lors de l’exercice 2012/2013, Crystal Palace remporte le play-off d’accession et est promu en Premier League. Fin 2013, il prolonge son contrat qui le lie désormais à son club jusqu’en 2017. Il est aujourd’hui à son apogée, rien ne semble lui résister. Véritable pièce maitresse du milieu de terrain de Postecoglou et fer de lance de Crystal Palace, on ne peut que regretter qu’il ait déjà 30 ans. Toutefois, c’est peut-être en cela qu’il forge le respect : c’est un joueur qui a énormément progressé, l’âge n’ayant jamais été une barrière à cela.

Sa carrière internationale débute en Mars 2008 contre Singapour et il comptabilise aujourd’hui 47 sélections (dont 5 buts). Alors en préparation pour la Coupe du Monde au Brésil en juin dernier, Ange Postecoglou, le sélectionneur de l’Australie le nomme capitaine devant Tim Cahill et Mark Bresciano qui seront ses « suppléants ». Un immense gage d’honneur pour l’Australo-Croate qui n’a jamais démérité en sélection.

L’horizon est on ne peut plus clair pour Jedinak, capitaine d’une équipe qui a respectueusement fini à la 11e place du championnat et pour laquelle il a participé à toutes les rencontres. En plus de ses qualités footballistiques, c’est aussi un formidable meneur d’homme et un « leader » pour ses coéquipiers respectifs. Il ne semble que lui manquer une dernière étape pour réellement avoir franchi tous les échelons : rejoindre un « top » club et s’imposer dans ce dernier. En aura-t-il l’occasion ? L’avenir nous le dira.

Jeremy Docteur

(Australien chauvin mais qui a essayé d’être objectif)

Leicester City, en quête de stabilité

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Gary Lineker, Steve Walsh, Peter Shilton. Ces noms vous disent forcément quelque chose, et rappelle les grandes légendes passées par Leicester. Un club historique, fondé en 1884, qui vient de retrouver l’élite après dix saisons passées dans les étages inférieurs d’Angleterre. Si le club a connu des années difficiles, il mise aujourd’hui sur la stabilité afin de retrouver une certaine crédibilité, perdu il y a près de 15 ans.

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Des bases conservées

102 points (31 victoires, 9 nuls et 6 défaites), 83 buts marqués et 43 encaissés : voilà le bilan qui a permis à Leicester d’être sacré championnat de Championship l’an dernier, sans contestation possible. Finissant avec un matelas confortable de 17 points d’avance sur les barragistes, Leicester a pu préparer sereinement sa montée en Premier League et a réussi un mercato plus qu’intéressant pour un promu.

En effet, le club n’a perdu aucun de ses joueurs cadres durant la période estivale. Les attaquants David Nugent (46 matchs 20 buts) et Jamie Vardy (37 matchs, 16) ainsi que la recrue du mercato hivernal Riyad Mahrez sont restés au club, tout comme le français Anthony Knoackaert (42 matchs). L’ancien guingampais pourra également compter cette saison sur ses acolytes Drinkwater (45 matchs), Schlupp (26 matchs), Hammond (29 matchs) et King (30 matchs), et sur sa ligne défensive également restée fidèle à Leicester : De Laet (36 matchs), Morgan (45 matchs), Konchesky (31 matchs) et Moore (30 matchs). On oubliera pas de mentionner Kasper Schmeichel, fils de Peter (emblématique gardien de Manchester United), international Danois qui garde les cages de Leicester depuis 2011 (110 matchs).

Une ossature préservée, et un mercato  en totale opposition avec celui de QPR, autre promu qui a choisi de recruter à tout va et de dépenser énormément pour s’installer parmi l’élite. La seule recrue pour laquelle Leicester a du sortir le portefeuille (10M€) est un buteur provenant de League One : José Lenonardo Ulloa, auteur de 14 buts en 35 matchs l’an passé avec Brighton & Hoves. Cette recrue est accompagnée par l’arrivée de l’expérimenté Cambiasso, libre de tout contrat avec l’Inter Milan. Un recrutement intelligent, qui va permettre à des jeunes arrivés en prêt (Lawrence et Nick Powell en provenance de Manchester United notamment) d’acquérir de la maturité, nécessaire pour évoluer parmi l’élite.

Côté départ important, seul Loyd Dier, en fin de contrat, a quitté le club pour rejoindre Watford. L’équipe type alignée depuis le début de saison est donc composée de 10 joueurs présents l’an dernier, plus Ulloa titularisé au côté de Nugent. Le résultat est saisissant : les joueurs présents cette saison représentent 94% des minutes jouées l’an dernier !

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Un effectif homogène et qui a des automatismes, le tout coaché par un entraineur qui connaît bien la maison : Nigel Pearson. Cet ancien défenseur à la carrière très modeste (Shrewbury Town, Sheffield Wednesday, Middlesbrough) a pris une première fois les rennes du club entre 2008 et 2010, et a notamment remporté la League One (troisième division), permettant au club de retrouver la Championship dès la première saison. Il quitte le club en 2010 pour rejoindre Hull City, après avoir réalisé un beau parcours avec le club en terminant cinquième de Championship. Une saison plus tard, il revient à Leicester et va permettre au club de progresser chaque saison afin de retrouver sereinement la Premier League (9ème en 2012, 6ème en 2013 et 1er l’an dernier). Un entraineur patient et stable, à l’image des ambitions du club.

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Un début de saison prometteur

Après trois matchs de championnat, il est difficile de juger le réel potentiel d’une équipe. Néanmoins lorsque l’on est promu, que l’on rencontre Arsenal, Chelsea et Everton et qu’on s’en sort avec deux points en trois matchs, on ne peut considérer que le début de saison est prometteur. Face à Everton, Leicester a fait preuve d’une grande force mentale, trouvant les ressources pour égaliser à deux reprises (Ulloa 22eme et Wood à la 86eme). Un résultat plutôt logique dans un match où Everton a eu le ballon mais n’a cadré qu’à trois reprises, tout comme Leicester.

Le match à Stamford Bridge a été plus compliqué pour les hommes de Nigel Pearson. Concrètement, la stratégie affichée était de bien défendre, et de ramener un point. Une stratégie qui a fonctionné jusqu’à l’heure de jeu et l’ouverture du score d’Eden Hazard, avant que Diego Costa ne tue le suspense a 10 minutes du coup de sifflet final. Une défaite méritée, Leicester ne montrant aucune volonté d’attaquer et ne tirant qu’une fois au but.

Mais ce match a peut être servi de leçon à cette équipe. Face à Arsenal, on a pu voir un tout autre visage proposé par Nugent et ses coéquipiers. Vingt premières minutes à l’avantage des Gunners, qui profitent d’un mauvaise alignement de la défense de Leicester, et d’un écrèment défensif pour ouvrir le score par Alexis après un râté de Sanogo. Dans la foulée, les Foxes vont égaliser par l’intermédiare de Ulloa, auteur de son deuxième but de la saison, grâce à un bon centre de Schlupp. Par la suite, Leicester va montrer beaucoup d’envies et se montrer dangereux par Mahrez (46ème), et surtout par Ulloa qui va éliminer Chambers dans la surface et frappe juste à côté du poteau d’un Szczesny battu (52ème). En toute fin de match, c’est le nouvel entrant Vardy qui va profiter d’une contre-attaque pour se montrer dangereux mais va trouver les gants du gardien polonais. Un match nul encourageant qui aurait  pu se transformer en victoire pour les Foxes. Encourageant.

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Même si il est difficile de juger le réel potentiel d’une équipe après trois matchs, Leicester semble armé pour se maintenir cette saison. Avec un effectif qui a des automatismes, qui a réalisé un superbe exercice l’an dernier et les arrivées de joueurs talentueux et expérimentés, la mayonnaise a de quoi prendre. Et offrir à cette équipe la possibilité de rentrer à nouveau dans une nouvelle ère : celle de la stabilité au plus haut niveau.

Réflexions sur le début de saison d’Arsenal

La période des transferts (enfin) terminée, nous allons pouvoir reparler de football. Arsenal a été relativement actif sur le marché des transferts et chacune des recrues (à l’exception de Welbeck, naturellement) a déjà pris part à la compétition. Malgré un niveau de jeu médiocre, Arsenal ne s’en sort pas si mal en termes de résultats : sur 6 matchs joués, 3 victoires et 3 matchs nuls. Comme l’année dernière, l’équipe éprouve plus de difficultés à l’extérieur – 3 matchs nuls contre Besiktas, Everton et Leicester. Arsenal s’est également qualifié pour la phase de groupe de la Ligue des Champions pour la 17e année consécutive en sortant non sans mal le club de Besiktas. Après ce premier mois de reprise bouclé, je vous propose de revenir sur les quelques enseignements que l’on peut pointer du doigt par rapport à une entame en dents de scie.

  • Une mutation tactique en 4-3-3/4-1-4-1 qui ne prend pas
  • Mertesacker et l’incompatibilité qui se révèle au grand jour
  • Sanchez, son rôle et sa force
  • Chambers et son apport offensif
  • Un pressing inefficace et désorganisé
  • Un effectif globalement qualitativement convenable mais quantitativement déséquilibré

Une mutation tactique en 4-3-3/4-1-4-1 qui ne prend pas

Arsenal 4-1-4-1

Arsenal a évolué en 4-2-3-1 pendant des années, ce système qui semblait convenir parfaitement à Wenger et à ses joueurs était devenu une constante. Or, en ce début de saison 2014/2015 nous avons vu une évolution tactique : les Gunners sont passés en 4-1-4-1/4-3-3 selon les phases de jeu. Un choix assez cohérent dans la mesure où Mesut Özil, meneur de jeu indiscutable, n’était pas disponible (les Allemands champions du monde sont revenus plus tardivement que les autres joueurs de la Coupe du Monde). Toutefois, Wenger a semble-t-il décidé de renouveler ce système qu’on pensait temporaire malgré le retour d’Özil.

Ce système pose problème pour plusieurs raisons : d’abord, il repositionne Özil sur l’aile ce qui le restreint indéniablement dans tout ce qu’il entreprend. Moins tranchant, beaucoup plus en difficulté, l’animation offensive des Gunners en pâtie. Bien que plus influent sur l’aile droite puisqu’il peut repiquer dans l’axe, ce rôle excentré ne lui convient pas du tout. De plus, ce dernier étant excentré sur l’aile, il n’est plus une des premières rampes de lancement sur les contres. Sa qualité de passe et son sens du jeu était un des principaux atouts d’Arsenal sur ces phases. L’aspect défensif du jeu est loin d’être une priorité pour lui, et ce rôle l’oblige à le faire, ce qui expose bien plus Arsenal.

Aussi, le jeu offensif d’Arsenal ne trouve plus sa fluidité d’antan. C’est un problème récurrent et ce système se voulant ordonné apparait comme totalement désorganisé : dans le final third il y a embouteillage. Les automatismes manquent aux joueurs et chacun veut apporter sa touche dans la construction. L’axe est particulièrement bouché puisque chacun tente de se mêler du jeu dans ce secteur. Les 4 joueurs de la ligne de « 4 » du milieu de terrain sont des joueurs d’axe que ce soit Ramsey, Wilshere, Özil ou Sanchez (ou Cazorla quand il joue à gauche).

Cependant, ce système n’a pas que des désavantages et a même trois avantages majeurs. Premièrement, le surplus de liberté pour Ramsey qui lui autorise plus de projections vers l’avant. Deuxièmement, il permet de faire jouer Wilshere à un poste qui lui convient, basiquement en numéro 8, devant un milieu défensif pour le mettre le plus à l’aise possible. Enfin, il expose moins Flamini/Arteta qui tiennent le rôle de milieu à vocation défensive plus en retrait derrière la doublette britannique Wilshere/Ramsey (la possibilité d’avoir cette association est un des objectifs prépondérants de cette organisation).

Très simplement, les joueurs derrière l’attaquant de pointe (Giroud ou Sanogo récemment) sont très libres et se comportent de manière désordonnée – qui peut être une force pour faire mal à l’adversaire mais aussi une contrainte dans la construction. Wenger a toujours accordé une grande confiance à ses joueurs et c’est ce qu’il fait ici, en termes de déplacements (permutations, courses). C’est en cela que le système n’est pas efficace, il n’y a pas vraiment d’organisation à proprement parler comme nous l’avons mentionné auparavant.

Mertesacker et l’incompatibilité qui se révèle au grand jour

Illustration du positionnement aléatoire de Mertesacker qui se retrouve beaucoup trop haut et excentré sur l'aile droite contre Besiktas.

Illustration du positionnement aléatoire de Mertesacker qui se retrouve beaucoup trop haut et excentré sur l’aile droite contre Besiktas.

Arsenal a perdu deux éléments défensifs cet été : son capitaine, Thomas Vermaelen parti vers le FC Barcelone (qui n’avait plus qu’un rôle secondaire) et surtout, Bakary Sagna, certainement le défenseur le plus constant du club depuis son arrivée. Sagna était un guerrier et au-delà de ses qualités défensives sur son côté, il apportait énormément de soutien à Mertesacker dans l’axe. Avec l’arrivée de Debuchy pour le remplacer, la donne n’est plus la même : le profil des deux joueurs est opposé. Debuchy attaque beaucoup, se projette vers l’avant mais ses errances défensives sont évidentes. Par incidence, Mertesacker se retrouve beaucoup plus exposé.

Cette exposition saute aux yeux et n’est pas souhaitable pour Arsenal. Le club qui adopte un style de jeu relativement haut sur le terrain, n’est pas compatible avec le défenseur allemand et vice-capitaine du club. Souvent pris dans son dos, il n’a aucune chance face à des adversaires vifs et une fois qu’il est dépassé, le verrou saute. Il tente régulièrement d’anticiper, en jouant plus haut mais se retrouve totalement hors de position ce qui met en danger la défense d’Arsenal. Les appels adverses dans son dos sont tous victorieux puisqu’il ne peut pas les suivre et son positionnement est presque aléatoire sur certaines phases de jeu.

Il est intéressant de noter que contre Leicester, en cours de rencontre, Chambers et Mertesacker ont permuté. Mertesacker a terminé la rencontre (et la majorité de la seconde période) axe gauche de la défense centrale.

Sanchez, son rôle et sa force

« Alexis » est arrivé en provenance de Barcelone pour une somme avoisinant les 40M€ et au-delà de ses qualités offensives, ce sont ses qualités défensives qui ont le plus frappées les supporters d’Arsenal. « Ce joueur est un chien fou » ai-je pu lire ici et là. En effet, Sanchez se bat sur chaque ballon, ne lâche jamais rien. Le contraste entre lui et d’autres joueurs dans le pressing est consternant. Il semble avoir une endurance infinie qui sert parfaitement Arsenal. Néanmoins, son rôle premier est bel et bien de marquer des buts ou plus exactement de faire marquer les autres.

Alexis Sanchez est un joueur polyvalent, et c’est pour cela que Wenger a saisi l’opportunité de l’enrôler. Ce dernier a d’ailleurs précisé qu’il l’avait acheté pour jouer en pointe, toutefois, il est difficile de le cantonner à ce rôle. C’est un joueur extrêmement libre dans ses déplacements, il ne cesse de bouger pour se démarquer et proposer une solution tangible au porteur du ballon.

Mais malgré ses deux buts de « renard des surfaces » avec Arsenal, Alexis n’est pas un serial buteur (il a des statistiques flatteuses, je le conçois) : il fait briller les autres par son intelligence de jeu. Il est difficile de l’imaginer jouer en pointe dans un système basé autour d’un point d’appui comme Olivier Giroud, qui joue essentiellement en remise d’où la nécessité d’avoir du soutien sur les seconds ballons.  Sur l’aile, Alexis permute beaucoup avec Özil ou Cazorla et se retrouve souvent libre et disponible pour recevoir le ballon.

Des doutes persistent sur sa capacité à tenir à lui seul la ligne d’attaque, mais il y a peu de chance que Wenger chamboule son système pour l’associer à un deuxième attaquant. Alexis aura un temps de jeu conséquent et vadrouillera entre l’aile droite et la place d’attaquant de pointe selon les disponibilités. Il offre un style différent à Arsenal du fait de sa palette de qualités très variées (et complète, la palette !).

Chambers et son apport offensif

Arrivé de Southampton à la suite de la grande braderie ayant eu lieu dans le club du sud de l’Angleterre, le latéro-central-milieu défensif s’est immédiatement adapté et a surtout montré une confiance digne d’un joueur international. Néanmoins, cette confiance plus que surprenante pour un jeune n’ayant alors disputé qu’une vingtaine de matchs de Premier League à son arrivé, associée à un manque d’expérience certain, ont pu faire penser que le jeune anglais était exempt des nombreuses étapes de développement d’un joueur et être déjà un joueur accompli. Que nenni, ses erreurs d’inattention/d’analyse encore ce week-end contre Leicester sont la preuve du chemin qu’il reste à parcourir au néo-international. De même, il a déjà pris 2 cartons jaunes en 3 matchs de Premier League disputés et ils sont preuve que le joueur a encore besoin d’apprendre à mieux analyser les situations et à mieux se connaître à un poste qu’il n’a que très peu connu auparavant.

Cette confiance et on peut même parler d’audace est malgré tout aussi l’atout majeur du joueur, il n’hésite pas à aller au duel physique (2,3 tacles/match en PL). Par ailleurs, c’est surtout balle au pied que sa confiance se révèle, étant ainsi capable d’enchaîner passes entre les lignes et diagonales pour les latéraux. De même il n’hésite pas à se montrer entreprenant par des montées (notamment lors de l’Emirates Cup alors que c’était simplement ses débuts), se rappelant à son passé de latéral, et alors couvert par Koscielny et Arteta (au bénéfice du 433 limitant la zone d’influence du basque).

Sa volonté d’aller de l’avant traduit par sa confiance est un point important dans son adaptation et son apport à Arsenal, avec ici un défenseur sur la bonne voie pour pouvoir assurer une ligne défensive haute (même s’il reste comme vu ci-dessus des failles dans son jeu) et surtout plus que compatible avec le taulier de la défense des Gunners qu’est Laurent Koscielny.

Partie rédigée par Nico que vous pouvez retrouver ici @Nico_Highbury

Un pressing inefficace et désorganisé

L'organisation de "base" d'Arsenal en 4-1-4-1.

L’organisation de « base » d’Arsenal en 4-1-4-1.

Qui dit liberté offensive dit désorganisation tactique. C’est en tout cas le scénario des Gunners. Les joueurs, avec un maximum de liberté, se retrouvent « éparpillés » sur le terrain, chacun dans une position qu’il juge la plus propice pour faire la différence. Ainsi, le positionnement des joueurs n’est pas optimal pour mettre en œuvre un pressing efficace.

Typiquement, il n’y a pas une véritable organisation pour le pressing, mais diverses volontés individuelles. Plusieurs joueurs tentent de mener « une révolte » : Ramsey et Sanchez notamment. Mais le bloc ne presse pas ensemble, le fameux travail « as a unit » n’est en aucun cas d’actualité – ou alors sur de très courtes périodes de temps, en début de match, par exemple, comme si les joueurs se décourageaient. Cependant, Wenger a montré qu’il voulait reprendre tout ce travail avec beaucoup de volonté. A condition que les joueurs usent de leur intelligence et suivent les instructions du coach, il pourrait y avoir des améliorations importantes et peut-être enfin un effort coordonné et efficace.

Un effectif globalement qualitativement convenable mais quantitativement déséquilibré

Le mercato est toujours une période animée pour Arsenal, que ce soit par rapport au nombre indécent de rumeurs ou entre les supporters. Dans les faits, Arsenal a recruté 5 joueurs : Chambers, Debuchy, Alexis, Ospina et Welbeck. Pour faire simple, les départs ont été compensés : Vermaelen par Chambers et Sagna par Debuchy. Jenkinson a été prêté et nul doute que Bellerin sera rapidement promu en équipe première pour servir de back-up. De plus, la polyvalence de Chambers lui permet de jouer arrière droit, arrière central et même milieu défensif (une position qu’il aura certainement l’occasion de tenir cette saison). Il n’en demeure pas moins, qu’en tout et pour tout, Arsenal ne dispose que de 6 défenseurs dans son effectif (Gibbs, Monreal, Koscielny, Mertesacker, Chambers, Debuchy – en attendant Bellerin, qui n’a que 19 ans et très peu de matchs professionnels dans les jambes). Un secteur très juste donc, d’autant plus que malgré un début de saison prometteur, Chambers est très jeune et peu expérimenté.

Mais la principale interrogation concerne le milieu de terrain. Avec Arteta blessé, Flamini est le seul joueur capable de tenir « légitimement » le rôle de milieu de terrain en retrait, de type défensif. Cela n’est pas suffisant, et c’était déjà le cas l’année dernière. Flamini est un bon joueur, qui se bat sur le terrain (avec un petit peu trop d’entrain parfois) mais reste limité. A l’inverse, Arteta n’a plus le physique pour tenir une saison entière à son meilleur niveau. D’où certainement l’idée de Wenger de passer en 4-1-4-1 pour protéger au maximum le back-four.

Offensivement, il y a des options. Les postes de « 10 » et « 8 » sont largement pourvus. Il reste la question de l’attaquant de pointe : avec Giroud blessé jusqu’à l’aube de l’année 2015, il n’y a que Sanogo et… désormais Danny Welbeck comme solution. Evidemment, Sanchez, Walcott voire Campbell peuvent tenir ce rôle, mais ce n’est pas à proprement parler leur position. D’ailleurs, le rôle que Wenger souhaite confier à ce dernier n’est pas connu, il n’a joué que quelques minutes depuis le début de saison. Et puis il y aussi le vrai faux-départ de Podolski : le tout récent champion du monde aurait dû partir, mais la blessure de Giroud a tout chamboulé, pour qu’il reste finalement au club.

Il est difficile d’émettre des jugements clairs sur la saison à venir des Gunners. Il est préférable d’attendre avant de juger, mais beaucoup de questions (et d’incompréhensions) demeurent quant à ce mercato estival que la majorité des supporters juge incomplet. A suivre.

Jeremy Docteur

Louis Van Gaal a t-il raison de s’obstiner avec le 3-5-2 ?

louis-van-gaal

Quatre matchs, zéro victoire. Tel est le bilan de Louis Van Gaal avec Manchester United depuis le début de la saison. Après chaque contre-performance, les critiques fusent sur l’entraîneur néerlandais pour son choix de débuter la campagne 2014-2015 en 3-5-2. Même la correction reçue face au MK Dons en Capital One Cup (4-0) en milieu de semaine n’a pas réussi à convaincre l’ancien sélectionneur des Pays-Bas de changer de système et c’est cette fois-ci, c’est Burnley qui a accroché les Red Devils samedi (0-0). Mais la détermination du coach Mancunien reste intacte, surtout avec les récentes arrivées de Daley Blind et Angel Di Maria. Mais ce système est-il fait pour Manchester United ? Tour d’horizon du système Van Gaal.

  • Un choix par défaut
  • Un recrutement qui colle au 3-5-2
    • Angel Di Maria
    • Blind & cie
  • Juste de la patience

Un choix par défaut

En Angleterre, le choix de jouer en 3-5-2 a longtemps paru impossible jusqu’à l’année dernière et la réussite de Steve Bruce avec Hull City, qui a perdu la finale de la FA Cup avec cette formation. Aligner trois défenseurs sur le terrain devient de plus en plus possible désormais, même pour Manchester United, qui n’a jamais cessé de débuter une rencontre avec quatre joueurs derrière et d’attaquants rapides sur les côtés ces dernières années.

Fort du succès des Pays-Bas à la Coupe du Monde avec qui il a atteint les demi-finales, Louis Van Gaal a décidé de renouveler le système qui lui tient désormais à coeur, le 3-5-2. S’il a choisi d’opter pour une telle tactique avec les Oranje, c’était avant tout pour faire face à la grave blessure de Kevin Strootman. Van Gaal est connu pour être un adepte du système à trois défenseurs. En 1992, il mène l’Ajax à la victoire en Coupe de l’UEFA face au Torino, avec en défense un certain… Danny Blind, père de la nouvelle recrue Mancunienne qui semble avoir les mêmes caractéristiques que son père. Trois ans plus tard, c’est en remportant la Ligue des Champions en 1995, contre le Milan de Capello (qui avait lui-même battu le Barça de Cruyff en finale un an plus tôt), qu’il atteint la gloire avec le club d’Amsterdam.

Pourtant, ce n’est qu’en mars dernier qu’il choisit le 3-5-2 comme système favori. Quand Manchester United le sollicite, il comprend vite que l’effectif de son futur club comporte des similitudes avec celui de sa sélection, et les mêmes questions se posent à lui : comment mettre les trois meilleurs joueurs de son effectif dans les meilleures conditions quand ces derniers sont des éléments offensifs, tout en gardant un équilibre défensif cohérent ? Au Brésil, il s’appuie sur le trio Sneijder – Robben – Van Persie; à Man U, il devra tout faire pour mettre en lumière le duo Van Persie – Rooney, ainsi que Juan Mata, arrivé au mercato d’hiver dernier et que Januzaj peut très bien suppléer, ce dernier ayant trop souvent été positionné sur un côté la saison passée. Pour Van Gaal, se priver d’un joueur comme l’ancien meneur de Chelsea en position de numéro 10 est du gâchis et le mettre sur un côté n’aiderait pas l’équipe à exploiter toutes ses capacités. De plus, la chance de disposer d’une doublette d’attaque parmi les meilleures du monde avec Rooney et Van Persie (quand ils sont en forme) doit aussi servir l’équipe. Hors de question donc de mettre un des trois joyaux du club dans une position qui ne lui est pas préférentielle.

Le 3-5-2 a ainsi été naturellement choisi par Louis Van Gaal. Ce système, inventé en 1982 par Ćiro Blažević, expérimenté par Bilardo avec Estudiantes la même année et rendu célèbre par les Croates (Zlatko Kranjčar, homme-clé de l’épopée 1982, coach en 1998 et Slaven Bilić, défenseur lors de la Coupe du Monde 1998 et sélectionneur en 2006, ont tous adoptés le 3-5-2), a notamment illuminé la Croatie de 1998 en France et qui a été éliminée en demi-finale par les Bleus. Il impose, comme le 3-4-3 dont est fidèle le Néerlandais, de disposer de deux défenseurs centraux cantonnés au marquage individuel, et d’un défenseur de rechange. L’effectif doit aussi comporter deux joueurs de côté, comme l’étaient Mario Stanic et Robert Jarni en 1998 avec la Croatie, dotés d’un bagage technique suffisant pour créer la supériorité numérique mais également d’un grand sens tactique pour éviter de laisser des brèches derrière eux.

Un recrutement qui colle au 3-5-2

Jouer en 4-2-3-1 comme l’année dernière sous David Moyes (avec Rooney en milieu offensif axial) condamnerait ainsi Juan Mata ou Adnan Januzaj et obligerait United à recruter des joueurs de côté, dans un secteur où le club est assez pauvre. L’autre option pouvait être un 4-4-2 losange, mais la défense centrale n’est pas le point fort des Red Devils et ni Carrick, ni Fletcher ne semblent disposés à jouer un rôle de sentinelle devant la défense. Cela uvant former un triangle défensif pour compenser les montées des latéraux très offensifs que sont Shaw ou Valencia, à l’image de ce que fait Busquets avec le Barça.

Angel Di Maria

Le problème de l’attaque réglé, Van Gaal a dès lors concentré tout son mercato sur le renforcement des autres postes importants et a tout fait pour avoir les joueurs convenant parfaitement à sa philosophie. L’investissement le plus important concerne Angel Di Maria, acheté au Real Madrid pour une soixantaine de millions de livres et devenant le plus gros transfert de l’histoire de la Premier League.

Pour LVG, une tactique à trois défenseurs offre une certaine sécurité défensive si ses hommes concèdent une contre-attaque et n’expose pas sa défense à un grand danger. Mais cela ne se valide qu’à la seule condition d’avoir des milieux capables de compenser les attaques des deux arrières latéraux censés apporter le surnombre offensif. Si la tâche incombée à Seedorf et Davids était plus compliquée à tenir en 1995 de part le rôle très offensif de ses attaquants, la mission de Di Maria sera identique cette année à Manchester. Le poste qui lui va à merveille dans le 3-5-2 est évidemment celui du joueur positionné à gauche du trident de l’entrejeu, à l’image de sa saison précédente avec le Real Madrid, où il fut le principal artisan de la victoire en Ligue des Champions. Il a compensé à merveille les errements défensifs de Cristiano Ronaldo et les montées de Fabio Coentrao ou Marcelo dans le 4-3-3 d’Ancelotti. Impressionnant d’activité, intelligent et prêt à se sacrifier pour l’équipe, il constitue un choix parfait de la part du coach mancunien. Il n’aura pas d’ailier à soutenir (sauf quand Rooney repique vers la gauche) et son rôle sera différent en Premier League, mais nul doute qu’il sera un des hommes forts du Manchester United version Van Gaal.

Face à Burnley, l’activité d’Angel Di Maria a fait de lui le premier homme du pressing mancunien, n’hésitant pas à sortir sur le porteur du ballon voire sur le gardien de but adverse, permettant ainsi une récupération rapide du ballon.

Evidemment, ses qualités offensives qui font de lui un des meilleurs joueurs du monde ne sont pas à négliger, surtout sur contre-attaque. Les quelques promesses entrevues ce week-end lors du déplacement à Burnley laissent entrevoir de bons présages pour l’Argentin.

Blind & cie

Les autres joueurs recrutés rentrent aussi dans cette optique. Parmi eux, Marcos Rojo, en attente d’un permis de travail, a été acheté 20 millions d’euros au Sporting Portugal pour devenir le défenseur central gauche de United. Polyvalent et pouvant jouer aussi arrière gauche, il renforce la défense décimée des Red Devils. Van Gaal compte aussi beaucoup sur Ander Herrera, l’ancien milieu de terrain de l’Athletic Bilbao pour compléter l’entrejeu. Luke Shaw est quant à lui un arrière gauche offensif comme Manchester en a besoin.

Enfin l’arrivée la plus récente et peut-être la plus importante est celle de Daley Blind, arraché à l’Ajax d’Amsterdam. Positionné arrière gauche à la Coupe du Monde avec les Pays-Bas, il peut également occuper le poste de sentinelle ou être un des deux éléments d’un double pivot. Louis Van Gaal le connaît parfaitement bien et sait mieux que personne la plus-value qu’il peut apporter.

Selon LVG, « Dans le football moderne, les défenseurs centraux sont devenus aujourd’hui de vrais meneurs de jeu« . Il explique ainsi que le numéro 10 ne peut plus contrôler à lui seul le match comme auparavant. Dans toutes ses équipes à trois défenseurs, il a donné les clés du jeu à son numéro 4 (Wim Jonk en 1992, Riijkard en 1995) qui était généralement doté d’une grande technique. Hiddink a aussi utilisé Seedorf, qui n’est pas un défenseur naturel, à ce poste. Si l’ancien entraîneur du Bayern a fait de Danny Blind un de ses joueurs clés dans son Ajax des années 90, il peut aussi faire de même avec Daley. Contrairement à son père, il n’est pas libéro; mais si le défenseur central gauche de Van Gaal doit être capable de réaliser des passes longues comme l’était De Boer, alors Daley Blind est l’homme parfait pour ce rôle, s’il évolue dans l’axe de la défense, comme en témoigne sa superbe passe lointaine contre l’Espagne pour la tête incroyable de Van Persie. Di Maria a aussi montré qu’il en était capable contre Burnley.

Juste de la patience

Si les résultats actuels ne parlent pas pour lui, Louis Van Gaal semble cependant bénéficier d’un privilège que n’avait pas David Moyes : du temps. Le coach reconnaît lui-même qu’il « charge beaucoup les cerveaux de ses joueurs, et cela demande du temps« . Comme il l’a rappelé en conférence de presse, ses débuts ont toujours été poussifs dans ses anciens clubs même s’il a fini par remporter des titres. Révolutionner tactiquement un club historique comme Manchester United n’est pas chose aisée. La famille Glazer, propriétaire du club, a accepté d’accorder du temps à l’ancien sélectionneur des Oranje avant de le faire signer.

Après le nul face à Sunderland, Van Gaal a affirmé qu’il était envieux de ses adversaires du jour, qui n’avait qu’un seul joueur à la Coupe du Monde. Manchester, lui, avait 16 joueurs partis lors du mois de juin et ces absences ont tronqué leur préparation. Cette dernière, pas aidée non plus par le voyage aux USA cet été. Certains joueurs doivent aussi s’adapter à leurs nouveaux postes, comme Ashley Young, qui doit désormais jouer dans un rôle plus exigeant défensivement. Les Red Devils ont aussi quelques blessés et attendent ces retours ainsi que l’arrivée des recrues dont l’absence a obligé LVG a faire jouer beaucoup de jeunes comme Blackett et les frères Keane.

Après quelques mois, l’équipe entière sera certainement mieux rôdée. Louis Van Gaal est sûr de lui et convaincu que le 3-5-2 est le meilleur système pour jouir des pleines qualités de chaque joueur de son effectif. Pour lui, la tactique prime plus que l’effectif, et il a axé son recrutement en fonction de sa philosophie que ses hommes doivent désormais imprégner.

Sacha Dahan

WBA : c’est quoi ça ?

Soccer - Barclays Premier League - West Bromwich Albion v Wolverhampton Wanderers - The Hawthorns

West Bromwich Albion. Si ce nom est certainement le plus pourri de la Premier League et le club l’un des moins médiatisés en France, PetitPontMoulon n’en a que faire. Supporter des Baggies et académicien spécialisé du club sur Horsjeu.net, « PPM » joue pour la première fois le rôle de l’invité afin de donner son avis sur le mercato du club, ses objectifs, et son début de saison.

Après la montée en 2010, West Bromwich a réussi trois saison très correctes (11ème en 2011, 10ème en 2012, 8ème en 2013) avant de se sauver de justesse l’an dernier (17ème). A tes yeux, c’est juste une erreur de parcours ou le mal est plus profond que ça ?

Je pense que le club s’est assis sur ses lauriers après avoir fait deux ou trois saisons plutôt correctes. L’année dernière, au delà de l’histoire « Anelka », le club a multiplié les choix curieux. L’équipe est aussi très faible défensivement et le club n’a pas l’air décidé à y remédier. Attention donc.

Durant le mercato, le club a connu énormément de mouvements avec pas moins de 10 arrivées et un nombre de départs quasi-similaire. Ce grand coup de balais était-il nécessaire à tes yeux ?

Au mercato hivernal dernier, seul Diego Lugano était venu « renforcer » la défense. Le joueur était très utile sur les coups de pieds arrêtés mais est bien trop lent, malgré un placement souvent très juste. Cette année, l’arrivé de Lescott est intéressante et le jeune Wisdom (prêté par Liverpool) sera à surveiller.

Les arrivées de joueurs comme Lescott, Varela, Ideye et surtout le grand Samaras, t’en penses quoi ? On suppose l’amoureux du football vrai dois se réjouir de l’arrivée de beau Georgios…

Je suis clairement satisfait des arrivées de Samaras (qui était libre) et de Varela (prêté par Porto). Brown Ideye, j’ai été dans un premier temps heureux mais quelque chose me dit qu’il ne faudra certainement pas que je m’enflamme. J’avais eu le même sentiment avec Anichebe. Les spécialistes de la Premier League le connaissent, et pas forcément en bien.

Concernant Samaras, c’est un vaillant. Il m’a toujours plu. J’avoue. Mais j’évite de m’enflammer avec WBA désormais. Attendons de voir ce qu’il peut faire aujourd’hui en Premier League, lui qui avait été plutôt performant avec City, il y a maintenant 6 saisons.

Après deux journées de championnat le club a réussi deux matchs nuls, face à Sunderland (2-2) et à Southampton (0-0). Comment juges-tu ce début de championnat ?

Disons que quand tu suis régulièrement West Brom, le premier nul face à Sunderland est une habitude. Un match valeureux, du jeu malgré beaucoup de Kick&Rush, mais une défense maladroite et déconcentrée dans les dernières minutes. Éternel recommencement.

Au final, les objectifs de  West Bromwich Albion cette saison c’est quoi ? Le maintien façon Guy Roux ? Un exploit en coupe ?

J’ai trop de respect pour Guy Roux pour le comparer aux différents entraîneurs passés par WBA (rires). Plus sérieusement, je pense qu’un exploit en coupe est compliqué. Il n’y a qu’à voir le dernier match de coupe de la ligue contre Oxford mardi soir (1/1 – TaB 7/6) pour voir que ce n’est pas la spécialité de l’équipe.

Pour ce qui est du championnat, jouer le maintien est peut être (malheureusement) un bon résumé des objectifs même si comme la plupart des équipes de second rang, il y a toujours une envie de faire mieux que de se battre pour se maintenir. Réponse dans une dizaine de matchs.

On a été un peu trop sérieux pour le moment. Si tu devais comparer ton équipe de WBA a une équipe de Ligue 1,  laquelle serait-elle ?

Evian défensivement. Lorient dans le jeu offensif. Tu mélanges le tout et tu as des matchs emballés avec parfois du très beau jeu, et parfois d’énormes désillusions.

Toi qui es également supporter de l’OM tu es plutôt Nwankwo Kanu ou Brandao ? Histoire de comparer ce qui est comparable dans les histoires respectives des deux clubs. 

Brandao. Sans hésiter.

Difficile de finir cette interview sans te poser LA question que tout le monde se pose : comment devient-on amoureux d’un club comme West Bromwich Albion ?

Honnêtement, je ne vais pas te mentir. Mon cœur ne bat que pour l’OM. Mais, toujours en toute honnêteté, les matchs de West Brom m’ont toujours plu. Et le nom du club passe bien. J’ai surtout vibré il y’a 2 ans lorsqu’ils ont battu Liverpool à domicile. Anfield était silencieux (ndlr, pléonasme). J’adore. Et puis maintenant ça me permet d’écrire des académies pour l’excellent site HorsJeu.net.

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