Gylfi Sigurðsson, une relève aux Guðjohnsen?


L’Islande est une petite nation qui enfante peu de grands joueurs : les pères et fils Guðjohnsen en ont été ses plus beaux joyaux. Mais depuis Janvier 2012, Gylfi Sigurðsson, encore 22 ans -venu d’Hoffenheim à Swansea en prêt- éclabousse de tout son talent les terrains de la Premier League. Portrait  d’un créateur étourdissant (son 2nd prénom Thor n’expliquant pas tout) qui affola la rumeur quant à sa prochaine destination, avant de choisir de ne pas suivre Brendan Rodgers à Liverpool, mais plutôt de s’inscrire dans le projet sportif ambitieux d’AVB à Tottenham. MyPremierLeague portraite pour vous.

L’éclosion : en 5 ans de l’Academy de Reading aux portes de la Premier League

Gylfile un bon coton depuis la ‘Reading Academy’

Phénomène peu connu en France, le longiligne Islandais à la chevelure aussi rase que blonde, le tout émaillé d’une paire d’yeux bleus transparent, Gylfi Sigurðsson est un 2nd attaquant, aujourd’hui encore sous contrat avec le club du mécène et entrepreneur Allemand Dietmar Hopp (Hoffenheim ndlr). The Iceman est un créateur, aussi doué qu’il est précoce. Né à Hafnarfjörður en Septembre 1989, le monsieur intègre les sélections de jeunes Islandaises à partir dès les U17 –pour ne plus les quitter. A l’essai mais non conservé à Arsenal ou Preston, c’est en 2005, à l’Academy de football de Reading qu’il va atterrir. Visiblement convaincu par la dizaine de perles toutes plus magnifiques les unes que les autres avec l’équipe de l’Académie, les dirigeants des Royals offrent au joueur de 18 ans un premier contrat professionnel d’un an : acceptée. Depuis, le parcours du joueur est limpide : prêté pour sa 1èreannée à Shrewsbury Town puis à Crewe Alexandra, il enchaîne les matchs et signe quelques buts (4) mais n’explose pas vraiment.

Siggy dispose d’une frappe de balle racée

A 20 ans, de retour à Reading dans le Championship (2nde division anglaise), réputée comme étant la meilleure seconde division au Monde, il réalise une première saison exceptionnelle sous la tunique des Royals. A son poste de créateur, il signe 17 buts et 9 assists. Reading finit certes 9ème, mais réalise un superbe parcours en FA Cup (quartdefinaliste, tombeur de Liverpool, Burnley & West Brom), où il prit une part plus que prépondérante (4 buts en 6 matchs). Suite à cette saison 2009-2010 qui marque son éclosion, quelques clubs plus ou moins ambitieux de la Premier League lui font la cour : Newcastle, Fulham, Bolton ou encore West Brom se montrent intéressés par le joueur. Seulement Gylfi choisit la Bundesliga et Hoffenheim, plutôt que de poursuivre son idylle anglaise dans un club middle-class (sportivement parlant). Reading cédant la ‘propriété’ du joueur pour près de 8M d’€ ; somme (record pour le club) généreuse à laquelle la prolongation de contrat de Gylfi peu avant son transfert n’est pas étrangère soit dit en passant. Alors qu’il n’a pas encore la majorité légale aux USA, Gylfi relève le défi de la Buli avec un statut de très grand espoir du football européen, ses performances remarquables avec les U21 Islandais jouant aussi.

La confirmation : du semi-échec d’Hoffenheim au heureux hasard de Swansea

Sigurðsson présenté à la presse au centre d’entrainement du TSG Hoffenheim

Dès sa 1ère saison Gylfi marque 9 buts et est élu par les supporters du club comme étant le joueur de la saison à Hoffe. Une nouvelle saison réussie sur le plan individuel mais pas vraiment réussi collectivement : Hoffenheim termine 11ème, malgré une pléiade de joueurs dits prometteurs (à l’instar de notre Islandais). C’est pourquoi Gylfi et ses coéquipiers sont très attendus au départ de la saison 2011-2012. Celle-ci va rapidement représenter un tournant dans la carrière de the Iceman. Après avoir manqué la majeure partie de la préparation d’avant-saison à cause d’incessants bobos, Gylfi se blesse gravement au bout des 6 premières journées à cause d’une mauvaise gestion de son coach Stanislawki (qui a voulu accélérer le processus de remise en forme du joueur en le faisant jouer). De retour en Décembre, le nouveau coach Babbel décide de concert avec son directeur sportif Ernst Tanner d’envoyer le joueur en prêt, pour qu’il retrouve sa forme physique passée. Swansea saute sur l’occasion, voilà Gylfi Sigurðsson pour 6 mois un joueur des Swans, alors qu’il se retrouve dans une situation de semi-échec à Hoffenheim, club où l’entraineur le désire peu ; sa blessure l’empêchant de s’exprimer sur les terrains, d’entrainement ou non. Débarqué le 2 Janvier au Pays de Galles, Gylfi Sigurðsson attend quasiment 2 semaines pour évoluer enfin en Premier League, le plus bel aboutissement pour lui : à 22 ans, il est lancé à la mi-temps par Brendan Rodgers, alors que Swansea est tenu en échec 1 partout par les Gunners (il remplace d’ailleurs un milieu défensif – Kemy Agustien – pour évoluer comme numéro 10) : l’Islandais signe une entrée décisive, faisant constamment des différences, grâce à un jeu fluide, épurée, et finit par signer la passe décisive du 3èmebut Swans de la victoire 3 buts à 2 de Swansea sur Arsenal (une victoire acquise par le jeu). ‘Siggy’, comme le chantent les supporters Swans. Depuis, Sigurðsson a joué 17 autres rencontres de Premier League. Toutes comme titulaire.

Siggy a déja scoré à White Hart Lane, mais contre Tottenham

Mis en confiance par l’entraineur Nord-Irlandais de Swansea, Brendan Rodgers, qui prône une conservation de tous les instants du cuir (un extrémisme qui rappelle l’Espagne actuelle, Cruyff, Zeman ou Guardiola – rien que ça) et son utilisation qui met à profit la technique et l’intelligence des joueurs, Sigurðsson démontre toute sa facilité au milieu de ce type de système. En 17 matchs, il signe 2 autres passes décisives et 7 buts, tous plus splendides les uns que les autres, entre coup-francs, frappes longue distance, finish subtile et but puant la malice, Siggy tire parfaitement son épingle du jeu au milieu du collectif pourtant usé de Swansea (en cause, un effectif restreint, un Onze inchangé et une ambition de jeu qui implique un effort de pressing, empruntée à ses inspirateurs cités plus haut, adeptes de la conservation donc d’une capacité défensive agressive et efficace) : il maintient Swansea dans la tranquillité du ventre mou grâce à ses exploits récurrents, et est même élu joueur du mois en Mars, suite à ses doublés contre Fulham et West Brom (clubs jadis intéressés) et sa part décisive dans le succès de Swansea face au futur champion Manchester City 1-0 au Liberty Stadium. Swansea clôt sa première saison de l’histoire en Premier League à la 11ème place, à 11 longueurs du 1er reléguable Bolton –performance saluée par tous les suiveurs et acteurs du championnat. D’un point de vue individuel, un regard sur les statistiques de ses 5 mois en PL classe immédiatement le joueur comme une révélation de la saison, voire même une valeur montante du football mondial, capable de prétendre à une titularisation dans les meilleurs clubs européens : certes au cœur d’un système où il s’est senti à l’aise, mais composé de joueurs usés sur la 2nde moitié de saison (Swansea invincible/imperméable/irrésistible à domicile est tombé contre Everton, Newcastle, Norwich ou en a pris 4 contre les Wolves en 2012 au Liberty Stadium) à cause d’un style de jeu, je réitère, harassant de par sa mise en place (You know Swansealona?C’est 58% de possession de balle de moyenne sur la saison). Sigurðsson affiche un bilan statistique comparable aux tout meilleurs joueurs de la saison, comme Modric, Bale, Arteta ou Valencia : avare en tricotages (17 dribbles réussis), Siggy perd un nombre de ballons très minime (66 ballons en additionnant dépossessions et mauvais contrôles) et réussis 3 près de 3 passes clés/match. Il est également parmi les meilleurs centreur (2.1/match), réussi un grand nombre de transversales en en loupant peu (1.6/match) et est dans les meilleurs passeurs du championnat, 566 de ses 670 passes trouvant leur cible, la statistique prenant de la valeur sachant que la majorité de ses passes sont des passes ‘risquées’/pertinentes : il est aussi parmi ses snipers du milieu que sont Song, Silva ou Modric, Lampard, Adam et Rosicky, proche de leur moyenne en passes à travers les lignes/match. Vous l’aurez compris, Sigurðsson est un joueur ultra complet, un créateur qui score, un axial qui centre, un dribbler qui porte peu la balle, un technique qui joue avec le cerveau plus qu’avec les pieds… bref tous les ingrédients pour faire un futur grand joueur du football mondial, comme il y a quelques années l’était Eidur Guðjohnsen à Chelsea ou Barcelone : un joueur précieux. Nonobstant, rien n’indique que Sigurðsson se contentera dans le futur de jouer dans un grand club un rôle important mais pas prépondérant. Se pose alors la question de l’avenir de The Iceman.

L’ascension : Des rumeurs, en veux-tu ? En voilà !

La valse des entraineurs en PL a aiguillé le choix de la nouvelle de Gylfi

Avant d’atterrir définitivement dans le Nord de Londres, où il côtoiera AVB, puisque Tottenham a mis la main sur le talent pour 8.7 millions d’€, Sigurðsson a déchaîné la rumeur, qui l’envoya respectivement à Reading, Swansea et Liverpool, avant l’intrusion inattendue de Tottenham dans le dossier, alors que Liverpool semblait finaliser le transfert du joueur. Au départ ce sont les 2 seuls clubs qu’il avait fréquentés qui s’intéressèrent à lui : Reading (promu en PL) et Swansea (et son entraineur Rodgers). Cependant, à Hoffenheim on est relativement ouvert au départ du joueur ; son prêt n’était pas celui d’un joueur dont on veut se débarrasser, en tout cas pas à n’importe quel prix, le plafond minimum étant un bénéfice sur investissement, à savoir plus des 8M d’€ investis. Le coach Babbel est lui très clair, claquant la porte à son départ malgré les rumeurs : « Il m’a dit qu’il voulait rester en Angleterre. Je lui ai dit que moi aussi je voulais tout plein de choses. » Mais les dirigeants d’Hoffenheim vont vite céder à l’appel de l’argent, la perspective d’un transfert bénéficiaire leur tendant les bras.Le sacking(licenciement) de Kenny Dalglish va faire entrer un nouveau club dans la course : élément déclencheur du transfert du coach Brendan Rodgers à Liverpool, il fait rentrer dans la course à Sigurðsson un nouveau concurrent.

Siggy sous ses nouvelles couleurs, celles des Spurs !

Alors tout proche de signer à Swansea (transfert même conclu selon quelques sites internet), Siggy revire et Anfield l’attend à bras ouverts. Mais voilà, c’est au tour de Redknapp d’éjecter du poste à Tottenham, remplacé par Andres Villas-Boas. Du jour au lendemain, on apprend que the Iceman passerait des tests médicaux à Tottenham en vue d’un transfert. Et effectivement, annoncé ‘transféré’ dans 2 clubs à la suite, c’est finalement chez le Hotspur que Sigurðsson appose sa siggygnature.

Sigurðsson à Tottenham : brickfall impossible?

Le fameux Brickfall, exécuté au DW Stadium après sa frappe logée dans la lucarne du ‘chat’, Ali Al-Habsi

La question à se poser maintenant est évidemment : Sigurðsson peut-il réussir à Tottenham? Le facteur principal dans la réussite individuelle d’un joueur dans un club est l’entraineur. Or, Andres Villas-Boas a très clairement flashé sur le joueur. Le coach Portugais est, comme Brendan Rodgers tiens tiens, un adepte du 4-3-3, du pressing violent à la perte, du bloc équipe sur-organisé et placé sur le terrain. A Porto, où AVB a réussi et pas qu’un peu, le numéro 10 s’appelait Joao Moutinho. Il y avait un rôle crucial lors des phases défensives comme offensives, qui mettaient en valeur ses qualités athlétiques d’endurance (phases de pressing) comme sa vision du jeu, sa capacité à faire des choix tranchants et vifs, fluidifiant le jeu (phases de conservation/offensives). Des qualités qui sont également le propre de Sigurðsson, doté en plus d’une facette du jeu qui fait quelque peu défaut au Portugais : Siggy marque des buts, un paquet de buts. Face aux départs prévisibles des 2 meneurs de jeu Spurs, Modric et van der Vaart, Sigurðsson pourra prendre seul la direction des opérations du Hotspur, sur le pré du moins. Sans vouloir être sibyllin, l’avenir de Gylfi Sigurðsson s’annonce absolument radieux, et pourrait rapidement être à la hauteur de la carrière grandiose de l’illustre Eidur Guðjohnsen, le contexte du nouveau club dans lequel il a signé est génialement parfait pour ses qualités, il a désormais toutes les cartes en mains pour faire une saison complète en Premier League, avec pour objectif d’emmener Tottenham en Ligue des Champions.. Advienne que pourra faire autant que les Guðjohnsen. Et pourquoi pas faire mentir les pronostics mal renseignés quant au sort de l’Islande pour les qualifications à la Coupe du Monde, aligné aux côtés des Sigthorsson, Jonsson et autre Gunarsson, dans une Poule où les grandissimes favoris s’appellent… la Suisse et la Norvège. Finalement la seule incertitude concernant Sigurðsson est sa capacité mentale à jouer autre chose que des matchs de Coupe à couteaux tirés ou bien le milieu de tableau des meilleurs championnats du Monde. A ce niveau, le joueur a déjà apporté quelques réponses durant sa carrière : il tire coup-francs et penaltys avec réussite depuis tout jeune. Celui transformé dans les derniers instants de Liverpool-Reading (alors que les Royals étaient éliminés) démontre tout le sang-froid du bonhomme, à 21 ans à peine. Normal pour un Iceman.

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